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Histoire de chambre

Nous passerions presque un tiers de notre vie à dormir. Entre notre chambre à coucher et nous, c’est une grande histoire… d’amour ou pas ? Monique Eleb, psychologue et docteur en sociologie nous éclaire sur son histoire et sa place aujourd’hui dans l’habitat.

La chambre a-t-elle toujours existé ?

La chambre a toujours existé, mais tout le monde n’en n’avait pas une !
Au Moyen-Âge, dans le monde rural, il n’y avait pas de chambre affectée à quelqu’un. Il y avait souvent un galetas, sorte de mezzanine au-dessus de la salle commune, où tout le monde dormait.
Dans la classe moyenne, le lit était une sorte de monument que l’on ne bougeait pas, de 3 mètres par 3 mètres – la taille de la chambre minimum d’aujourd’hui – avec de gros rideaux pour se protéger du froid. Il s’agissait de lits où l’on dormait tous ensemble, de la famille aux domestiques, pour avoir chaud car les pièces étaient très hautes et mal chauffées.
Il n’y avait pas de pudeur. La pudeur est une invention qui date du XVIème siècle et la sexualité ne se passait pas obligatoirement au lit la nuit. Pendant longtemps, la chambre conjugale, qui se diffuse à la fin du XVIIIe siècle, n’a pas été liée à l’amour. On se mariait pour des raisons d’alliance entre familles. L’amour entre époux est d’abord apparu chez les gens pauvres et ruraux car, il y avait moins de considération financière ou de regroupements de terres.
Les classes possédantes ont longtemps été très réfractaires à l’amour dans le mariage et la chambre conjugale n’a été acceptée par tous qu’après la seconde guerre mondiale.
D’abord considérée comme non principale et ouvrant le plus souvent sur la cour, la chambre est ensuite devenue une pièce principale, jusqu’avant la deuxième guerre mondiale. Depuis, avec la réduction des espaces et le développement des villes – la majorité des Français sont urbains -, la chambre a perdu de sa superbe. A la fin du XIXe siècle, dans les classes privilégiées on trouvait la chambre de l’homme et la chambre de la femme. Cette dernière avait la plus belle vue, la plus belle orientation. C’était aussi celle à laquelle on liait un cabinet de toilette ou une salle de bains.

Quelle est la perception de la chambre aujourd’hui ?

Le terme chambre des parents est apparue dans l’habitat le plus social à la fin du XIXe siècle. Auparavant, on parlait de chambre à coucher, principale ou de chambre de parade.
A partir du moment où l’on a réfléchi à l’habitat de la classe ouvrière, on a parlé de chambre des parents. C’est un grand changement de point de vue et de valeur, le « prolétaire » était censé donner des enfants à la patrie.
Aujourd’hui, les chambres sont petites. Ce que l’on observe, c’est que, souvent, la dernière pièce décorée dans l’habitat des villes est la chambre conjugale.
Une attention est portée à toutes les pièces, les enfants sont rois, le séjour est le lieu où l’on invite. Tout est bien léché, bien ordonné, bien décoré mais la chambre des parents ne l’est pas toujours. Elle est petite et, bien souvent, on y met du linge à sécher. Mais il y a une différence entre le logement collectif et la maison individuelle.
Dans les logements collectifs, en raison de l’étroitesse des pièces, tout le monde rêve d’avoir une chambre plus grande ou une pièce à soi comme un bureau ou un lieu de bricolage. Et les petites surfaces en ville empêchent ce vœu de se réaliser.
Dans la maison individuelle, les espaces sont plus grands ce qui laisse la possibilité d’inventer toutes sortes de choses : un petit bureau, une chambre-salon avec deux fauteuils et une petite table, pour recevoir ses amis intimes…
Selon la surface, on peut tout imaginer. Les combles constituent un espace potentiel à aménager. Les chambres dans les combles sont formidables car on peut faire des espaces extrêmement vastes et agréables, éclairés de façon zénithale.

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La suite parentale est-elle un concept nouveau ?

La liaison entre la chambre et le lieu où l’on se lavait, était déjà très importante au Moyen Age. Dans la chambre de la femme, on avait ce qui s’appelait au début l’oratoire, qui était un lieu pour prier. Il est ensuite devenu un cabinet (bureau) puis la garde-robe qui est l’ancêtre de la salle de bains. Ensuite, pour des raisons religieuses, on se lave de moins en moins, se voir nu était considéré comme un péché, et ce n’est que lorsque l’on commence à comprendre les bienfaits de l’eau que la salle de bains retrouve ses vertus. Ce phénomène commence par les aristocrates, à la fin du XVIIIe siècle et se répand à toutes les classes sociales jusqu’à aujourd’hui. Il faut savoir quand même qu’en 1950, il n’y avait que 6% de salles de bains en France !
Aujourd’hui, le désir de la plupart est d’avoir une salle de bains liée à la chambre des parents, ce que l’on appelle la suite parentale et que l’on appelait, dans l’histoire française, l’appartement.

Depuis quand les enfants ont-ils leur propre chambre ?

C’est assez récent puisque cela date du XVIIIe siècle chez les aristocrates.
Dans la plupart des classes non privilégiées, les enfants n’avaient pas de chambre séparée. Ils dormaient où ils pouvaient.
Avec l’arrivée de l’habitat social, on commence à penser à la vie des enfants et, surtout, à la division par sexe. Si l’on a deux garçons, on leur donne une seule chambre. Ils ont deux chambres si ce sont un garçon et une fille. Tout cela est très lié à la peur de l’inceste.
Dans les revues féminines à la fin du XIXe siècle, on voit monter un intérêt pour le décor des chambres d’enfants en se fondant sur le fait qu’il augmente et stimule leur attention et leur intelligence.
Une femme m’a dit un jour : « Rien n’est à moi ici car tout est partagé, il n’y a que les enfants qui ont un vrai espace personnel. ». Il y a aujourd’hui une telle valorisation de l’enfant que les parents donnent parfois, surtout dans les classes moyennes, la plus grande chambre à l’enfant qui grandit. Et ils se disent que leur chambre est toute petite, que l’on peut à peine tourner autour du lit, mais en fait, ils ont choisi une chambre d’enfant.
Au début du XXe siècle, l’idéal était un lit par enfant. Aujourd’hui on espère avoir une chambre par enfant. Mais tout le monde ne l’atteint pas. Il y a encore des classes sociales où les enfants n’ont pas de chambre personnelle.
Et quand l’enfant grandit, il milite pour une chambre près de la porte ou une chambre associée à l’appartement principal, comme un petit studio sur le palier. C’est une première étape pour l’adolescent ou le jeune adulte vers l’autonomie en lui permettant d’évoluer, selon le slogan « ensemble mais séparément ».
Il a ainsi le plaisir et le confort de vivre avec ses parents mais peut aussi se retrancher dans ses « appartements privés » !

La salle de jeux et la chambre d’amis sont-elles toujours d’actualité ?

Au départ, la salle de jeux existait chez les gens très riches. Mais dans la réflexion sur l’habitat, des années 1920 jusqu’à 1980, des architectes ont proposé des pièces de jeux, comme par exemple Paul Chemetov dans un immeuble de logements sociaux à Antony. Le problème est encore la taille des logements. Quand on a une maison individuelle, il y a mille possibilités pour que les enfants jouent ou fassent de la musique.
La chambre d’amis est une pièce en plus, comme la chambre d’adolescent, cela reste encore un luxe. Mais c’est aussi un lieu d’accueil pour la grand-mère, pour un aidant en cas de problème, pour la jeune-fille au pair pendant un temps… C’est une chambre multi fonctions. Elle peut devenir un bureau. De plus en plus, il existe des immeubles avec une chambre à disposition pouvant être louée par l’un ou l’autre des occupants.

Interview de Monique Eleb
Psychologue, docteur en sociologie et habilitée à diriger des recherches (HDR)

Pour en savoir plus « Les 101 MOTS DE L’HABITAT à l’usage de tous » par Monique Eleb, aux Editions Archibooks, 2015.

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